Paris-Gaza

Journal de bord n°16

29 octobre 2012

 

La Turquie est un géant, et on entre pas dans la maison d'un géant comme ça…presque 4 heures à la douane !

Mais d'abord, je dois avouer à ma grande honte que je me suis laissé berné par des panneaux à Sofia, capitale Bulgare, qui annonçaient, en tout cas je les ai vu comme ça, Istanbul à 150 kms. J'étais c'est vrai assez fatigué hier soir et très content de la nouvelle sans chercher à la vérifier. J'ai donc pris mon temps, et poussé la grâce matinée jusqu'à 8h30, alors que je décolle d'ordinaire vers les 7 heures. Et j'ai ouvert ma carte seulement au petit déj…pour découvrir que plus ou moins 600 kms me séparaient d'Istanbul.

Voilà ce qui arrive quand on est insouciant au point de préparer son itinéraire au jour le jour ! Qu'importe, j'ai avalé mon kava et embrayé pour une nouvelle journée de route. Je suis là pour ça ! 150, 600 ou 6 000 ? Istanbul me voilà !

Déjà la veille j'avais trouvé le plafond nuageux très bas, c'est peu dire, et fut confirmé dès les premiers kilomètres par un déluge en plein brouillard, en fait, dans le nuage qui se vidait sur Sofia. Un truc à ne pas voir à cinq mètres, vraiment très impressionnant, et plutôt angoissant vu que c'était les heures de pointes avec des voitures et des camions partout. Rapidement la chaussée se transformait en un interminable gué rendant la conduite improbable. Je décidais de me coller à un poids lourd qui ouvrait la route dans deux formidables gerbes, qui me faisait penser aux images du film où la mer rouge s'écartait en deux murs pour laisser passer le peuple juif poursuivi par Pharaon. Mais même ça devenait dangereux, et je voyais bien que les voitures s'arrêtaient sur le côté pour éviter l'accident. Je fis de même. Mais alors, chaque poids lourd qui passait projetait un mur d'eau qui me donnait l'impression de m'être arrêté dans le programme long d'une machine à laver. J'ai pu repartir à la fin du programme, 30 bonnes minutes, quand « l'averse » s'est calmée.

Je n'ai qu'un souvenir d'une telle « violence » climatique, c'était sous un orage en Corse, à 2 000 mètres d'altitude. Mais attendez, c'est que ça a recommencé exactement pareil 250 kms plus loin. Incroyable. Les voitures s’arrêtaient toutes warning allumés, seuls les camions, inconscient du risque qu'ils nous faisaient courir car le bas côté n'était pas large, continuaient imperturbablement à fendre le déluge en nous projetant des murs d'eau.

Je ne sais si la Bulgarie est coutumière de ces « incidents » météo, mais quelque chose me dit que ce n'est pas par hasard si ce sont eux qui ont inventé le coup du parapluie…bulgare !

Autrement l'autoroute est gratuite, quand il y en a une…les portions de nationale se faisant à 60 km/h de moyenne…au rythme des véhicules les plus lents, et les plus improbables, dont un attelage à cheval accompagné d'un chien qui chargeait les voiture, et les poids lourds, qui osaient le dépasser, risquant à chaque coup de se faire écraser car voulant mordre les roues. Tout en sachant, sauf le chien, qu'on ne pouvait pas se déporter indéfiniment sur la gauche, des véhicules arrivant en face. Au nombre de chiens écrasés vu depuis les Balkans, je doute que celui-ci ai finit la journée…mais je le lui souhaite !

je suis donc arrivé vers 14 heures à la douane turque, et mon optimisme d'hier à vite été douché…c'était la journée des douches froides! J'en suis ressorti presque 4 heures après. Je dirai que les torts sont partagés. La douane est un immense centre routier sur plusieurs hectares, les trucs que je n'aime pas, on ne sait jamais où il faut aller, et il y a des véhicules partout garés dans tous les sens.

Le douanier turc est un fonctionnaire pointilleux et pas franchement rigolo, ce qui je l'admet, fait partie de sa fonction, mais tout de même… Et là, patatra, je découvre avec eux que ma remorque n'a ni numéro de châssis ni assurance, puisque pas de numéro de châssis… Ils ne voulaient rien savoir, il fallait que je retourne en Bulgarie avec ma remorque. Et moi je n'étais pas d'accord. Comme si toutes les remorques de Turquie avaient un numéro de châssis ! Je proposais d'abandonner la remorque à la Turquie, en précisant lourdement que ce serait tant pis pour la Palestine…

J'ai donc été invité, avec une grosse voix, à entrer dans le hangar spécial pour les fouilles générale, mais où aucun fonctionnaire n'officiait… le hangar D3. Une voie de garage pour les emmerdeurs à mon avis…il faut dire que c'est un peu la cohue, très long, et que les automobilistes impatients se lançaient régulièrement dans d'interminables concerts de klaxons. Tout le monde est un peu sur les nerfs. Alors un français qui ne veut pas faire demi-tour, ça se met au frais.

Ne voyant personne venir, mais ayant bien pigé qu'on me surveillait d'un œil, je décidai moi-même de vider la voiture et la remorque de tout leur contenu. Ainsi, on ne pouvait plus me faire faire demi-tour… et j'ai attendu encore plus d'une heure tout seul dans mon hangar. J'ai alors eu l'étrange idée de reproduire le manège que mon vieux guide saharien faisait le soir autour de notre caravane, pour la protéger des serpents, alors que je traversais à pieds 1 500 kms de Sahara en 1989. Je pris mon chapelet et me mis à tourner autour de la voiture et ses affaires répandues au sol en récitant interminablement la « Fatiha » à voix haute, c'est à dire le « notre père » musulman.

Il m'en a bien fallu une cinquantaine, j'en récite 100 par jour, pour qu'arrive une adorable jeune femme, je n'ose dire un ange, qui toute timide inspecta le chargement, me pria de remballer et me mis le coup de tampon libérateur. Hamdullah !

Je ne peux dire de qui ou de quoi fit avancer le schmilbilk, Dieu seul sait ces choses là, peut-être seulement un changement d'équipe, car mes tourmenteurs avaient disparus, mais je dois dire que la scène, surveillée à la caméra, a du faire son petit effet. Sans compter que par effronterie, j'avais mis ma casquette à l'envers comme les chanteurs de rap ! Une sorte de guerre psychologique asymétrique emportée haut la main !

Plus sérieusement, à l'inverse des balkans, les douaniers turcs n'étaient pas réceptif à l'argument « Palestine », voir pour certain, n'aimaient pas ça. « what is Palestine ? » Mais je ne les laissaient pas me chercher des poux sur le sujet, en leur expliquant, en anglais, que «  je roulais vers Gaza, comme le bateau Marmara. » (bateau turc de la flottille de la liberté pris d'assaut par Tsahal et qui fit neuf morts parmi les passagers, dont un adolescent.) ce qui avait pour effet de leur faire changer de sujet en maugréant un truc turc.

La nuit tombe vers 17h30 (nous sommes tout de même à 3 000 kms à l'Est de Paris,) et j'ai eu mon coup de tampon pile poil à l'heure de la prière du Maghreb, égrené par la mosquée du coin. Il m'a donc fallu traverser la fin de la douane avec ma remorque…non assurée, et sans lumières à l'arrière…je n'étais pas fier sur le coup ! Je m'attendais à ce qu'on me rappelle pour me tirer l'oreille, mais rien de tout cela, hamdullah.

Dès demain, je le jure, je fais réparer ces fichus lumières.

J'ai ensuite mis les bouts jusqu'à Edirne, la ville frontière turque et me suis planqué dans le parking du premier motel venu. Ouf ! Demain je devrai, si tout se passe bien, atterrir à Istanbul…

Une petite observation qui n'a rien à voir avec ces tribulation d'un voyageur. Les mondes chrétiens et musulmans sont quasi imperméables l'un à l'autre, par ignorance l'un de l'autre. Et je vais le démontrer ici très facilement. Voici, mis en perspectives, le « Notre Père » chrétien (C:) et la « Fatiha » islamique (I 🙂

 

C: Notre Père, qui êtes aux Cieux

I: Au nom de Dieu le clément le très clément, louange à Dieu maître des mondes

 

C: Que Ton Nom soit sanctifié

I: Le Clément le Très clément

 

C: Que Ton Règne vienne

I: Maître au jour de la résurrection

 

C: Que Ta Volonté soit faite sur la terre comme au ciel

I: C'est Toi que nous adorons et dont nous implorons le secours

 

C: Donne-nous aujourd'hui notre pain de ce jour, pardonne nous nos offenses comme nous pardonnons aussi à ceux qui nous ont offensés.

I: Conduis nous dans le chemin droit, dans celui que tu comble de tes bienfaits.

 

C: Et ne nous soumets pas à la tentation, Mais délivre-nous du mal.

I: Non pas dans celui des égarés ni dans celui de ceux qui encourent ta colère.

 

C: Car c'est à Toi qu'appartiennent : le Règne, la Puissance et la Gloire Pour les siècles des siècles

 

C: Amen

I: Amin

 

Et pour compléter, voici le lien d'un article présentant les similitudes entre « notre père » et des passages de prières juives, à l'origine faut-il le rappeler, du christianise qui en est un schisme.

http://www.portstnicolas.org/le-pont/Le-judaisme/Les-sources-juives-du-Notre-Pere

A chacun d'en tirer ses conclusions, mais la mienne est simple, la boucle est bouclée…à bon entendeur, Shalom-Salut-Salam!