Journal de bord n°33
Paris-Gaza
le 19 décembre 2012
Le Caire – Place Tahrir

Qui visite Paris doit voir la tour Eiffel, qui visite Athènes doit voir l’Acropole, qui visite le Caire doit voir la place Tahrir. Et comme par hasard l’hôtel Isis où je suis descendu, rue Ramses, est à 300 mètres.

Une coure des miracles réussie ! Tout y est comme cendres et poussières, graffitis, village de chaises et de tentes ; le peuple. Mais pas les bobos de la capitale, non, le peuple aux pieds nus,le peuple aux pieds sales. Celui qui crève de faim et n’a pas peur des balles. La circulation est toujours coupée et la place Tahrir, dominée par un immeuble incendié, doit avoir le dimanche, et le vendredi, l’allure populaire que devait avoir la place de la Bastille un an après la prise de l’édifice par les révolutionnaires français. Moubarak est parti, mais Morsi a pris sa place sur les caricatures… C’est là le pouls de la révolution en cours. On s’y promène en famille, en couple ou entre amis, on y dort, on y chante, on y prie, on y boit le thé, on y refait le monde sous les banderoles et les slogans. Ici où là gisent les portraits des martyrs de la révolution, des gens jeunes. Le portrait de leur vivant et celui de leur cadavre, parfois horriblement mutilé, torturé, côte à côte. Des portraits de femmes aussi.

Et puis il y a la petite mosquée de la place Tahrir. La mosquée des gavroches. Belle sûrement mais recouverte d’un ou deux siècles de poussières et de suies d’échappements. L’asile des va-nu-pieds. Cette mosquée, 8 colonnes et un minaret, aux plafonds peints mais aux murs décrépis et aux tapis sales est certainement une des plus poignante qu’il m’a été donné de voir. Elle est aussi sale qu’un hall de gare. On hésite à y enlever ses chaussures… Le gardien est un pur gavroche, un jeune d’une crasse lamentable et incompréhensible vu qu’il y a une salle des ablutions. Il me demande si je veux dormir… Et je comprend lorsque j’entre dans la salle de prière transformée en dortoir… La lie qui grouille la nuit s’y repose le jour enroulé dans des couvertures, mais sans avoir pris le soin de se laver les pieds… On y mange, on y téléphone, on y joue, on y discute encore et encore… C’est à la fois triste et formidable, crasseux et glorieux !

De la place on traverse le Nil sur le pont Qasr el Nil, où une victoire des plus symbolique eu lieu contre les forces de police. Voici le de cette bataille qui fut filmée du début à la fin.

Quant à l’hôtel Isis, dans le même quartier, il domine une autre place, symbole des combats entre le peuple et la police de Moubarak,. La place Abdel Moheim Riad, entrelacs névralgiques de ponts de bétons qui se chevauchent les uns les autres, tenant un autre pont de 2×4 voies sur le Nil, et où la police écrasa des dizaines de manifestants avec leurs camionnettes lancées contre la foule.

J’irai cet après-midi visiter la moquée El Azhar, haut lieu de l’islam égyptien et plus grande université islamique au monde.

Paris-Gaza

Je suis dans l’hôtel qui va accueillir une partie de la délégation des français pour Gaza le 25 décembre. Comme à Athènes, une sorte de grand appartement transformé en pension, au 15ème et dernier étage d’un immeuble…vétuste. Le plus dangereux de tout mon voyage est peut-être l’ascenseur tremblant de cet immeuble. Hier il n’arrivait qu’au 14ème, et ce matin j’ai du monter les 15 étages à pieds… Mais un réparateur était au travail… Et je viens d’apprendre que dans ce cas il suffit de prendre l’ascenseur de l’immeuble d’à côté, et de passer par les toits pour arriver à l’hôtel ! Je n’y avais pas pensé… La vue sur le Caire est impressionnante. Des immeubles de toutes tailles et de tout état à perte de vue dans un brouillard grisonnant de pollution. Des bouchons, des klaxons, encore et encore…

J’y ai rencontré deux françaises appartenant à la délégation Europalestine, arrivée en avance. Elle vont peut-être tenté d’entrer dans Gaza aujourd’hui car l’une d’entre elle reprend le boulot lundi prochain… C’est encourageant, ça montre que ça bouge, que de plus en plus de gens s’investissent.

L’arrivée de Habib est confirmée pour le 20 et notre entrée dans Gaza maintenue pour le 21/12/2012 !