Journal de bord n°36 Paris-Gaza
24 décembre 2012

La guerre est un tas de fumier mais je voudrai parler de la rose qui a poussé dessus… La résistance de la vie. Je reviendrai évidemment et malheureusement sur le tas de fumier et leurs auteurs, mais je voudrai parler non pas de la résistance armée mais de celle de la vie ! Des sourires, de la sérénité, de la gentillesse et la générosité des gazaouis, de leur projets, de la reconstruction permanente…

La « victoire » a desserré l’étau du blocus, les marchandises entrent par toutes les portes en quantités plus importantes que précédement,. Les boutiques sont fréquentées, les vendeurs ambulants ne manquent de rien. Les étudiants fourmillent, les étudiantes aussi qui se retrouvent dans des salons de thés dont certaines heures leur sont exclusivement réservées, bien qu’ensuite les établissements soient mixtes. Les rues sont calmes car le gazaouis klaxonnent bien moins que les chauffards du Caire, et les voitures bien moins nombreuses, mais la circulation est tout de même rythmée par le va et viens d’une légion de taxis, dont d’étonnantes Mercedes aux châssis longs au point qu’elles ont trois portières de chaque côté.

Invité par « Islam » notre ange gardien et interprète à présenter notre voyage au département de français de l’université Al-Aqsa, nous avons entendu les étudiants se plaindre que les médias ne montraient que la destruction et pas assez la vie. La résistance armée et pas assez la résistance par la vie ! Et je suis bien d’accord.

Le petit centre d’éducation de quartier d’Assia Kilani et de ses sœurs en est un exemple extraordinaire. Des femmes sans moyens passent leur temps à faire du soutien scolaire à des petits groupes d’enfants tous plus souriants les un que les autres, malgré les coupures d’électricité, la cherté du loyer, les traumatismes des enfants. Et pourtant les projets fusent, une bibliothèque, une sale de projection, des pâtisseries à vendre, un film de promotion du centre, des sorties, etc. ils forcent tous l’admiration… Ce centre a débuté avec des débris du bombardement de la maison de la famille Kilani en 2008/2009 pour faire des chaises et des tables… Depuis l’association « Perle d’Espoir » a offert des chaises et trois ordinateurs. Il faut continuer à les aider. C’est mon projet à venir.

Je dois aussi parler de la cuisine palestinienne qui tient la dragée haute à la fameuse cuisine libanaise, tout est épices, saveurs et générosité cuisiné avec passion et dextérité. Et puis il y a les mariages qui sont l’occasion de grandes fêtes dans les salles des hôtels. Il y a les familles nombreuses, nous venons de déjeuner avec le Cheikh Ar-Risantani, frère du martyre qui remplaça le Cheikh Yassine, cadre du Hamas en fauteuil roulant qui fut exécuté d’un tir de missile… ils sont 36 frères et sœurs… et le Cheikh a lui-même 15 enfants…

Il y a aussi le département de français de l’université al-Aqsa, très bien équipé où l’on apprend le français sous la férule de Ziad Medoukh universitaire et militant apolitique pour la Paix, qui se satisfait de l’implantation d’association humanitaires françaises, phénomène récent, qui permettra de trouver du travail à ses étudiants.

Quant aux maisons détruites, elles sont déblayées le plus vite possible et si possible reconstruites. Les projets immobiliers financés soit par les émirats soit par la diaspora sont quant à eux plus nombreux que les destruction. Gaza avance…

Aujourd’hui l’administration a payé les fonctionnaires, véritable poumon économique de la bande de Gaza, qui à leur tour règlent leurs dépenses du mois. Ce qui provoque une activité digne d’un samedi soir à Paris !

C’est tout cela la résistance de la vie.

Nous multiplions les rencontres toutes plus intéressantes et enrichissantes les unes que les autres. Le ciel est bleu et silencieux, la mer est belle et vient se jeter sur la plage vague après vague comme sur toutes les plages du monde. J’ose l’écrire, nous sommes bien à Gaza !