Journal de Bord n°40
Paris-Gaza
1er Janvier 2013

Je souhaite une bonne année à la Palestine et à ses amis, et la pire qu’il soit à ses ennemis.

La journée d’hier fut pleine de nostalgie et de regrets, confus de devoir quitter cette terre martyre et résistante. Après une attente aux bureaux de l’administration des tunnels et des autorisations de sortie du « territoire », nous avons réemprunté le même tunnel qu’à l’aller. Notre interprète, Islam, nous accompagna jusqu’au bout et eut l’autorisation de poser le pied en Égypte pour la première fois de sa vie. Il a 21 ans. À son âge j’avais déjà écumé l’Europe et le Sahara, mais lui est né dans la plus grande prison du monde, 30 km sur 13 pour un million six cent milles habitants, et entame maintenant sa vie d’adulte sous blocus.

Cette histoire est une tragédie pour l’humanité toute entière, Et, à part une poignée, tous le monde s’en fiche et laisse faire depuis si longtemps… La corruption des gouvernements n’a d’égale que celle des cœurs.

Dans le sens du retour, la pente est montante, chargés de nos sacs comme des évadés, et l’air rare, les 200 mètres à parcourir nécessitent un effort et chacun en ressort en soufflant. La consigne est évidemment de ne pas traîner dans le tunnel, mais nous nous sommes arrêtés avec Islam pour remplir de son sable une petite bouteille de plastique que j’avais pris à cet effet. Pourquoi ? Je ne sais pas encore. Peut-être un peu comme d’autres rapportent de l’eau bénite d’un pèlerinage. Ou comme certains cultivent un culte à une terre sacrée. Je lui trouverai un coffret précieux comme on le fait pour l’or et les bijoux, et parfois j’y glisserai mes doigts en me jurant d’y revenir.

De l’autre côté, nous avons été accueillis par Ali, un fermier égyptien du Sinaï qui fit un an et demi de prison en Égypte lorsqu’il était jeune, pour s’être fait pincé à transporter des armes en contrebande pour la Palestine. Il reste aujourd’hui actif et aide au passage des tunnels. Et, le cœur sur la main il nous invita à partager un repas fait de poulets et de riz cuits à l’étouffé dans un four traditionnel des gens du désert. Un trou profond creusé dans le sol dans lequel est allumé un grand feu. Lorsqu’il est réduit en braise incandescentes on y introduit les pièces à cuire, et l’on couvre le tout d’un couvercle que l’on rend étanche par une couverture humide qu’on fait ensuite disparaître sous des pelletés de sable. Une heure plus tard en sortirent huit poulets parfaitement rôtis ! Nous nous en délectâmes sur une terrasse et des sofas, dans un jardin parsemé d’orangers, de citronniers, de palmiers et d’un plant de papayes… les « hommes » sont rares de nos jours, mais ici, en terre biblique par excellence, il y en a beaucoup.

Puis nous reprîmes la route du Sinaï dans un taxi collectif vieux comme Mathusalem… Nous sommes arrivés au Caire de nuit, rattrapés par le bruit et la pollution de la « civilisation »… Ce « voyage » touche à sa fin, mais signe avant tout le début d’un engagement sur le long terme. Les «activistes internationaux » doivent êtres motivés à se rendre d’eux-même à Gaza, seuls ou en groupe, par les tunnels ou la porte officielle.

En plus de soutenir directement le développement et la pérennité du Centre Culturel d’Éducation et de Perfectionnement de Beit Lahia, je m’attacherai à l’avenir à promouvoir des séjours de volontaires à Gaza, car, comme il nous a été dit plusieurs fois, se rendre à Gaza est un acte de résistance qui donne vie et existence à ce territoire que tant d’autres voudraient rayer de la carte et des mémoires.

Pour cela, je voudrai remercier chaleureusement ceux qui ont participé et soutenu de près et de loin ce premier voyage, et transmettre les remerciements et les vœux les meilleurs de tous les palestiniens que j’ai rencontré.

Free Gaza, free Palestine, et bonne année à tous.